Soyons clair : le Mercosur n’est pas un accord commercial comme un autre.
C’est un triple renoncement :
Renoncement à notre agriculture.
Renoncement à nos règlementations.
Renoncement à notre souveraineté.
On nous demande d’ouvrir nos frontières comme on ouvre les vannes d’un barrage, en espérant naïvement que personne ne se noiera.
Mais plusieurs pans de notre économie vont être touchés.
Je pense en particulier à nos agriculteurs qui, une fois de plus, vont boire la tasse.
Eux, qui vivent déjà au bord du gouffre. Eux, qui crèvent sous la loi des prix et la tyrannie des normes.
Et pendant ce temps, on voudrait importer à bas coût des viandes venues du bout du monde, produites dans des conditions, parfois infâmes.
On voudrait traiter l’Amazonie comme un supermarché, et nos territoires ruraux comme un musée en voie d’extinction.
On voudrait que nos paysans se soumettent à des règles draconiennes… pendant que les produits importés n’en respectent quasiment aucune.
Cet accord c’est l’injustice érigée en politique publique.
Parlons simplement : Le Mercosur, c’est l’accord où l’Europe vend son âme pour un kilo de bœuf et trois palettes de soja OGM.
On nous parle de croissance et de géostratégie.
Mais la géostratégie, ce n’est pas de dépendre, pour se nourrir, d’États qui, demain, pourront nous couper le robinet en un claquement de doigts.
Ce n’est pas abandonner notre autonomie alimentaire au nom d’un libre-échange qui n’est plus ni libre, ni équilibré, ni même intelligent.
La géostratégie, c’est de savoir choisir et de savoir protéger.
C’est de savoir que la souveraineté commence dans nos fermes et dans le labeur de nos agriculteurs, pas dans les salons feutrés des institutions européennes.
A bien des égards, nous naviguons dans un monde de ruptures.
Les chaînes d’approvisionnement cassent.
Les frontières reviennent.
Les grands blocs s’affrontent.
Et l’Union Europénne, que fait-elle ?
Elle s’entête à appliquer la doctrine du monde d’avant, celle où tout le monde était gentil, où tout le monde jouait selon les mêmes règles.
Mais ce monde-là se meurt.
Et si nous persistons dans cette logique suicidaire, alors nous serons les seuls à respecter des règles, que les autres ne respectent jamais.
Cet accord est un piège.
Un piège économique.
Un piège climatique et environnemental.
Un piège stratégique.
Il avance masqué par des promesses creuses, mais il porte en lui l’affaiblissement, notamment, de notre agriculture et l’effritement de notre souveraineté.
La France ne peut pas signer ça.
Parce qu’un pays qui ne protège pas ceux qui le nourrissent finit toujours par dépendre de ceux qui le tiennent.
Nous devons dire non.
Non avec la certitude que défendre notre terre, ce n’est pas du repli : c’est la condition de notre liberté.
Si l’Europe veut être respectée dans le monde, qu’elle commence par se respecter elle-même.
Qu’elle cesse de sacrifier ses paysans sur l’autel d’une idéologie commerciale qui date de l’époque où l’on croyait, naïvement, que les règles du marché pouvaient remplacer les règles de la puissance.
Qu’elle comprenne enfin que la souveraineté n’est pas une nostalgie : c’est l’une des dernières digues avant l’effacement.
Mes chers collègues,
La France a trop perdu pour perdre encore ce qui lui reste.
Et ce qui lui reste, c’est sa terre, ses territoires, ses femmes et ses hommes qui nourrissent cette nation depuis plus de mille ans. Le Mercosur les met en danger.
Alors notre devoir, aujourd’hui, c’est de dire, clairement, fermement, calmement : Au nom de la France, c’est non.
Je vous remercie.
