« Je veux être la porte-parole de ceux qui ne peuvent pas s’exprimer »

🔗 Merci à Ouest-France

Vous travaillez depuis plusieurs années sur la question du grand âge. Comment vous êtes-vous intéressée à ce sujet ?

J’ai été sensibilisée à la question des personnes âgées lorsque j’étais présidente de la commission des affaires sociales au conseil général de Vendée. Je me suis, à cette époque, beaucoup intéressée aux personnes handicapées et aux personnes âgées. On avait notamment créé le Boistissandeau aux Herbiers [qui accueille les parents vieillissants et leurs enfants handicapés, N.D.L.R.]. C’était aussi la grande époque des Marpa. En une dizaine d’années, j’ai visité tous les Ehpad, j’ai pu rencontrer les résidents mais aussi pu comprendre le personnel et les attentes des familles.

Et depuis, en tant que députée, vous continuez vos actions autour du grand âge…

J’ai gardé cette sensibilité. Je suis vice-présidente de l’Union nationale des centres communaux d’action sociale, en charge des anciens. En étant toujours conseillère municipale et communautaire, j’ai une vision locale terre à terre. Et une autre, nationale, avec ce mandat de vice-présidente. Ce qui m’intéresse dans la thématique du grand âge, c’est qu’elle touche à de nombreux domaines : la santé, le logement… Et ce n’est pas politicien. C’est humain, car on est tous concernés.

Et pourtant, vous trouvez que bien peu de choses sont faites pour les personnes âgées.

Depuis que je suis députée (en 2022), on nous promet une loi sur le grand âge. Et il n’y a toujours rien. On a eu une toute petite loi pour le bien vieillir. Elle est faite de mesurettes, c’est une coquille vide. On nous promet toujours quelque chose mais je ne suis pas rassurée. Dans notre nouveau gouvernement, il n’y a pas de ministre délégué aux anciens. Jusque-là, nous avions une personne dédiée à qui nous adresser et là, non.

Qu’est-ce qui fait que, selon vous, il y a peu de mesures autour du vieillissement ?

Le monde des anciens est un monde silencieux, ils ne vont pas manifester, leurs familles non plus. Aujourd’hui, il n’y a pas de volonté politique de s’occuper du vieillissement. Je sais pourquoi : parce qu’il y a un coût. Mais je demande qu’au même titre que la santé mentale, ce soit une cause nationale. D’après l’Insee, de 2020 à 2030, la part des 75-84 ans va passer de 4,1 millions à 6,1 millions. Actuellement, nous avons, en France, un million de personnes dépendantes. Et j’ai l’impression que tout le monde s’en fiche. C’est un sujet tabou mais, il doit nous préoccuper car on n’est vraiment pas prêt à affronter cette démographie.

Il y a pourtant de nombreux Ehpad, des efforts sur le maintien à domicile… Qu’est-ce qui ne va pas dans le système actuel ?

Mon constat est que le modèle des Ehpad est à bout de souffle. Le modèle économique et financier ne fonctionne plus. Compte tenu de l’inflation, des économies sont faites, notamment sur les consommables. Le modèle architectural est lui aussi à bout de souffle. Ce sont des espaces très grands, difficiles à chauffer alors que, désormais, les personnes âgées restent le plus tard possible à domicile. Et ensuite, quand elles sont en Ehpad, la dépendance arrive très très vite car les personnels doivent tout faire, rapidement, avec peu de moyens. Et les personnes âgées perdent toute leur autonomie. Quant au domicile, il est plébiscité mais pas adapté. Le personnel n’est pas formé au grand âge et il n’y a pas de reconnaissance des métiers. Sans parler des gros problèmes d’isolement. Avec un groupe de parlementaires, on réclame une loi de programmation. Une loi qui puisse être réévaluée tous les deux ans. Il faut 10 milliards d’euros par an pour faire face à la conjoncture.

Pour voir ce qui fonctionne, ou moins, vous avez entrepris un tour de France du bien vieillir. Qu’est-ce que ça vous apporte ?

Grâce à ce tour de France, que je vais poursuivre, je me rends compte qu’il faut tout revoir dans notre système actuel. J’ai vu de très belles choses, comme à Cannes où un Ehpad est adossé à l’hôpital. Là-bas, la personne âgée est replacée au cœur des choses. Tout est à son rythme. Au Havre, j’ai vu une maison témoin avec plein d’astuces pour rester à domicile le plus longtemps possible. Ce sont des choses peu coûteuses. Avec ce travail, je veux être la porte-parole de ceux qui ne peuvent pas s’exprimer.