Gels, taxes, transferts : voilà le triptyque budgétaire proposé !

Madame la Présidente,
Mesdames et Messieurs les Ministres,
Mes chers collègues,

« La Cigale ayant chanté tout l’été, se trouva fort dépourvue quand la bise fut venue. »

La Fontaine n’avait pas prévu la Sécurité sociale.

Mais il avait deviné notre faiblesse : celle d’une minorité qui chante pendant que l’hiver s’installe, en croyant que la solidarité suffira à réchauffer la maison commune.

Le gouvernement, aujourd’hui, annonce un redressement…

Mais sans réforme.
Sans cap.
Sans courage.

Des gels, des taxes, des transferts : voilà le triptyque budgétaire qui nous est proposé.

Et déjà, la Cour des Comptes prévient : une nouvelle dette sociale de plus de cent milliards d’euros se reconstituera d’ici 2029.

Nous sommes devenus le Sisyphe de la Sécurité sociale.

Nous devons, au cours des prochains jours, oser reposer la question : pour qui, pour quoi, et jusqu’où voulons-nous protéger ?

Le gouvernement double les franchises et participations forfaitaires.

Il ajoute un milliard de taxe sur les mutuelles, et impose plus de cinq milliards d’efforts aux ménages.

Pendant ce temps, les hôpitaux se voient retrancher sept cents millions d’euros.

Et les soignants, eux, se retranchent du métier ; épuisés d’être sommés de faire toujours plus avec toujours moins.

Les déserts médicaux gagnent du terrain ; les urgences ferment ; les consultations se raréfient.

Et l’on parle de « responsabiliser les patients », comme si ceux qui souffrent étaient coupables de leur douleur.

La fracture sanitaire devient une fracture territoriale.

La santé publique n’est plus un droit : c’est une loterie géographique.

Les familles, les jeunes, les anciens : trois visages de la France qu’on oublie, une même fatigue qu’on tait.

La natalité s’effondre : pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale, la France a enregistré plus de décès, que de naissances

Plus qu’une statistique, c’est un avertissement.

Face à ce déclin démographique, le gouvernement ne trouve rien de mieux que de geler les allocations familiales et de repousser leur majoration à dix-huit ans.

Les retraités, eux, subiront une sous-indexation de 0,4 point entre 2027 et 2030.

Les familles paient.
Les aînés s’inquiètent.
La jeunesse attend.

Et quand cette jeunesse veut apprendre, on lui ferme la porte :

le PLFSS supprime l’exonération de cotisations sociales pour les apprentis, dès le 1er janvier 2026.

Voilà le message envoyé à : on la taxe au lieu de la former, on la freine au lieu de la lancer.

On fabrique des débiteurs, au lieu de forger des héritiers.

Quant aux personnes âgées, elles ne figurent même pas dans les priorités.

Et la branche Autonomie, avec ses 43 milliards d’euros, est gérée comme un appendice comptable.

Les aidants, les EHPAD, et nos ainés sont oubliés dans les marges d’un budget qui prétend protéger et ne protège plus rien.

Nous devrions bâtir une véritable politique de la dignité, où l’âge ne serait plus synonyme de dépendance, mais de reconnaissance.

L’autonomie doit devenir une priorité nationale, avec les moyens, la volonté et la fierté de dire à nos aînés : « vous comptez encore ! ».

La Cour des comptes nous le dit sans détour : « Cette situation n’est pas soutenable ; elle oblige à définir une trajectoire crédible de retour vers l’équilibre. »

Mais cette trajectoire n’existera que si nous redonnons du sens à l’effort.

Depuis cinquante ans, chaque gouvernement promet de lutter contre la fraude sociale. Des paroles, mais aucune volonté politique.

Il est temps de cesser de punir ceux qui travaillent et de subventionner ceux qui refusent de contribuer.

La fraude existe, certes.

Mais le vrai scandale, c’est la lâcheté, la fuite en avant, l’absence de sélectivité dans les aides, le refus d’assumer la valeur travail.

Ce n’est pas seulement une question de chiffres : c’est une question de morale et d’éthique.

Les Français, eux, sont prêts à faire des efforts.

Mais ils demandent que l’État profond, les technostructures, les directions centrales montrent l’exemple.

Ils veulent un effort partagé, pas un sermon annuel.

On ne redresse pas un pays en cabotant avec la vérité.

Nos compatriotes acceptent la rigueur lorsqu’ils sentent qu’elle est juste et qu’elle s’applique à tous.

Mes chers collègues,

Il y a quatre-vingts ans, nos aînés ont bâti la Sécurité sociale.

Ils savaient que la solidarité ne vaut que si elle s’appuie sur la responsabilité.

Aujourd’hui, le système chancelle.

Non pas parce que les Français ont cessé d’y croire, mais parce que l’État a cessé de s’en montrer digne.

Il est urgent de rouvrir le grand débat de société : que voulons-nous transmettre, et à quel prix ?

La France n’a pas besoin d’un budget d’attente.
Elle a besoin d’un éveil.

La bise est venue, oui.
Mais il est encore temps de relever la tête.

De rendre à la Sécurité sociale ce qu’elle fut à sa naissance : un élan collectif, une promesse tenue, un pacte entre générations de français.

C’est cela, le vrai projet de Sécurité sociale.

Je vous remercie.